Le Puits de la Halle : près de 114 mètres sous Cordes

Un trou noir au cœur de la cité

Au centre de Cordes-sur-Ciel, sous la Halle, se trouve une ouverture presque banale.

Une margelle de pierre.

Quelques marches.

Au coeur de la Halle de Cordes-sur-Ciel s’ouvre l’un des ouvrages les plus étonnants de la cité médiévale : le Puits de la Halle.

Sa profondeur mesurée atteint 113,47 mètres.

Plus de cent mètres sous les rues, les maisons et les remparts de Cordes-sur-Ciel.

Un ouvrage suffisamment profond pour soulever, huit siècles plus tard, encore bien des questions.


Pourquoi creuser aussi profondément ?

La réponse semble évidente : pour trouver de l’eau.

Perchée sur le Puech de Mordagne et protégée par ses fortifications, Cordes devait pouvoir disposer de ressource en eau, notamment en période de siège.

Le Puits de la Halle pouvait participer à cet approvisionnement.

Mais il n’était pas le seul point d’eau de la cité. Puits, fontaines, sources et galeries de captage formaient tout un réseau permettant aux habitants de s’approvisionner.

Dès lors, une question demeure :

pourquoi avoir entrepris ici un ouvrage aussi profond ?

Aucun document connu ne semble aujourd’hui permettre d’établir avec certitude les circonstances exactes de son creusement ni toutes les raisons qui ont conduit à réaliser un tel ouvrage.

Et c’est l’une des premières énigmes du Puits de la Halle.


Une construction médiévale hors norme

Creuser à plus de cent mètres sous terre constitue déjà un ouvrage considérable.

Le faire au Moyen Âge, sans les moyens mécaniques modernes, donne une autre mesure du chantier.

Le Puits de la Halle traverse d’abord directement la roche. Plus profondément, ses paroies sont maçonnées en blocs de pierre jusqu’à atteindre un fond soigneusement dallé.

Mais aucun document connu ne raconte aujourd’hui son creusement.

On ignore combien de temps le chantier a duré, combien d’hommes y ont participé et quelles techniques précises ont permis de travailler à une telle profondeur.

Une difficulté intrigue encore davantage : les ouvriers sont descendus sous le niveau actuel de la nappe phréatique avant d’aménager le fond du puits.

Plus de sept siècles plus tard, la manière dont ils ont pu travailler dans ces conditions continue de soulever des questions.


Le puits oublié

Pendant des siècles, le puits de la Halle fait partie de la vie de Cordes.

Puis, en 1647, il est fermé et progressivement oublié sous les matériaux qui l’encombrent.

Des tentatives de réouverture ont lieu à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, notamment en 1790 et 1826, sans permettre de retrouver sa profondeur véritable.

Il faut attendre 1914 pour que l’historien cordais Charles Portal s’intéresse de nouveau sérieusement au puits et contribue à sa réouverture.

Un sondage révèle alors une profondeur d’environ 85 mètres.

Pourtant, quelque chose intrigue.

Ce n’est pas le fond.

Sous les déblais accumulés au fil des siècles, le puits continue encore.

Mais de combien ?

Il faudra attendre plusieurs décennies pour le découvrir.


Descendre jusqu’au fond

Dans les années 1950, des spéléologues cordais entreprennent un chantier considérable : vider le Puits de la Halle pour retrouver son véritable fond.

À environ 85 mètres sous la Halle, ils commencent à retirer les déblais accumulés au cours des siècles.

Le travail va durer plusieurs années.

Benne après benne, les gravats sont remontés jusqu’à la surface. Près d’un millier auraient ainsi été extraits du puits.

A mesure qu’ils descendent, les explorateurs découvrent que l’ouvrage poursuit bien au-delà de la profondeur connue jusque-là.

Puis, le 29 mai 1961, ils atteignent le fond.

113,47 mètres sous la Halle.

Là-dessous, ils découvrent un sol aménagé constitué de blocs calcaires soigneusement taillés.

Après plusieurs siècles, la profondeur réelle du Puits de la Halle est enfin connue.


Ce que les recherches ont trouvé

En vidant progressivement le Puits de la Halle, les explorateurs remontent aussi des traces laissées par plusieurs siècles d’histoire.

Parmi les déblais, sont retrouvés des monnaies, des fragments de céramique et des ossements animaux.

Des objets modestes, tombés ou jetés dans le puits au fil du temps.

Mais une découverte attendue manque à l’appel.

Aucun ossement humain n’est retrouvé.

Ce détail pourrait sembler anodin.

Il ne l’est pas.

Car depuis longtemps, une légende cordaise raconte que des hommes auraient été précipités dans le Puits de la Halle.

Trois inquisiteurs.


La légende des inquisiteurs

Un histoire accompagne le Puits de la Halle depuis longtemps.

Elle nous ramène au XIIIe siècle, quelques années seulement après la fondation de Cordes.

Selon la légende, en 1233, la population se serait révoltée contre des inquisiteurs venus poursuivre les hérétiques de la région.

La colère aurait éclaté après la condamnation de plusieurs habitants.

Trois inquisiteurs auraient été tués, puis leurs corps précipités dans le Puits de la Halle.

L’histoire est spectaculaire.

Elle est aussi profondément ancrée dans les récits consacrés à Cordes.

Mais est-elle vraie ?

Aucun document médiéval connu ne permet aujourd’hui de confirmer cet épisode.

L’historien cordais Charles Portal lui-même mettait en doute cette tradition, faute de sources anciennes permettant de l’établir.

Plus troublant encore : lorsque le puits fut entièrement dégagé au XXe siècle, aucun ossement humain ne fut retrouvé.

Cela ne permet évidemment pas de démontrer que personne n’y a jamais été précipité.

Mais rien ne permet non plus de transformer la légende en fait historique.

Les trois inquisiteurs appartiennent donc, en l’état de nos connaissances, à la légende de Cordes.


Un puits au milieu d’une cité chargée d’histoires

Le Puits de la Halle n’est pas un vestige isolé.

Il se trouve au cœur de la ville haute de Cordes-sur-Ciel, sous la Halle médiévale, à quelques pas de l’église Saint-Michel et des grandes demeures gothiques qui témoignent encore de la prospérité de la cité.

Autour de lui, les rues, les portes et les remparts racontent plus de huit siècles d’histoire.

Et pourtant, parmi tous ces monuments visibles, le puits possède une particularité :

l’essentiel de ce qu’il est demeure invisible.

À la surface, quelques mètres suffisent pour traverser la Halle.

Sous elle, le puits plonge sur plus de cent mètres dans le Puech de Mordagne.

Une autre Cordes existe sous les pas des visiteurs.


114 mètres de silence

Depuis la halle, il est difficile d’imaginer ce qui se trouve sous les pieds des visiteurs.

Quelques mètres plus bas, la lumière disparaît.

Puis il ne reste que la roche, l’humidité et l’obscurité.

Le puits continue.

Encore.

Et encore.

Jusqu’à atteindre 113,47 mètres sous la cité.

A la surface, Cordes vit.

Sous la Halle, le silence.

Plus de cent mètres de vide sous le Puech de Mordagne.



Là où commence Mordagne

Dans La Fille du Puits, le Puits de la Halle n’est pas simplement un décor.

C’est ce puits.

Celui qui existe réellement sous la Halle de Cordes-sur-Ciel.

Celui qui descend à 113,47 mètres sous la cité.

Celui dont l’histoire comporte encore des zones d’ombre.

Celui autour duquel se sont construites ses légendes.

Le roman conserve cette réalité.

Puis, à l’endroit précis où les archives, les explorations et l’Histoire ne peuvent plus répondre, la fiction prend le relais.

La Fille du Puits imagine alors ce qui pourrait exister au-delà de ce que nous savons.

Sous Cordes.

Sous le Puech de Mordagne.

Et si le fond du puits n’était pas vraiment la fin ?


Histoire, légende et Mordagne.

Ce qui est historique

Le Puits de la Halle existe réellement, au cœur de Cordes-sur-Ciel.

Sa profondeur mesurée atteint 113,47 mètres.

Il a été construit au XIIIe siècle, puis progressivement redécouvert et dégagé jusqu’à ce que son fond soit atteint au XXe siècle.

Les explorations ont notamment révélé un fond aménagé et différents vestiges, mais aucun ossement humain.

Les circonstances exactes de son creusement et certaines questions concernant son histoire restent mal documentées.

Ce qui appartient à la légende

Une ancienne tradition cordaise raconte que trois inquisiteurs auraient été tués puis précipités dans le puits au XIIIe siècle.

Cette histoire fait partie des récits associés au Puits de la Halle, mais aucune preuve historique ou archéologique connue ne permet aujourd’hui de la confirmer.

Ce qui appartient au roman

Dans La Fille du Puits, le lieu est réel.

Sa profondeur est réelle.

Son histoire est réelle.

Ses zones d’ombre le sont aussi.

Mais ce qui attend au-delà appartient à Mordagne.

Et cette partie-là ne figure dans aucune archive.


Le puits est toujours là

Huit siècles ont passé.

Cordes a changé.

La Halle est toujours debout.

Et sous elle, le puits est toujours là.

113,47 mètres sous les pas des visiteurs.

On connaît sa profondeur.

On a atteint le fond.

On a exploré son histoire.

Mes certaines questions demeurent.

Dans La Fille du Puits, c’est précisément là que commence l’imaginaire.

Le véritable Puits de la Halle s’arrête à 113,47 mètres.

Mordagne, peut-être pas.